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Demander une augmentation : les preuves que tu aurais dû rassembler depuis des mois
La plupart des conseils sur l’augmentation portent sur la conversation : quoi dire, comment s’asseoir, quand se taire. Ces détails comptent — sauf que ce n’est pas là que ça se joue. Le résultat dépend surtout de ce qui a été écrit sur les neuf derniers mois, et dans quelle langue. Cet article porte sur ce qu’il faut rassembler, quand, et comment le traduire.
Pourquoi cela ne se joue pas dans la conversation
Celui qui prépare une négociation s’assoit en général le week-end et essaie de rassembler ce qu’il a fait dans l’année. Cela échoue presque toujours : trois ou quatre choses lui reviennent, surtout des deux derniers mois, et la plupart sonnent comme « j’ai beaucoup travaillé ».
Ta mémoire n’est pas en cause. La mémoire n’est pas un enregistrement mais une reconstruction — et elle se construit à partir des événements les plus récents et les plus émotionnels. Ce qui était un exploit en février, en novembre tu crois que c’est venu tout seul. Notre article sur le syndrome de l’imposteur en parle aussi : la difficulté tombe du récit, et il reste « j’ai eu de la chance ».
Et il y a un second fait, plus inconfortable : la mémoire de ton responsable fonctionne pareil. Il n’oublie pas ton sauvetage du printemps par malveillance — cinquante autres choses lui sont arrivées depuis. Si ce n’est pas écrit, cela n’existe pas dans la conversation.
Ce que tu notes : quatre colonnes, dix minutes par mois
Ce relevé n’est ni un journal ni une auto-analyse. Une fois par mois, dix minutes, quatre colonnes — et ces dix minutes décident la moitié de la négociation.
- Date et ce qui a été terminé. Une phrase, factuelle. « J’ai repris le rapport mensuel du client B. » Ni évaluation ni ressenti.
- Ce que cela a amélioré pour l’entreprise. C’est la colonne la plus importante, et c’est celle qu’on saute. Un chiffre s’il existe : combien de temps, combien d’argent, combien d’erreurs, combien de personnes. Sans chiffre, reste concret : « depuis, plus besoin de prestataire externe ».
- Ce qui était difficile, et quelle était ma part. Si quelqu’un a aidé, note-le — le reste demeure à toi. Cette ligne distingue le travail du hasard.
- Qui a dit quoi à ce sujet — mot pour mot. Entre guillemets, avec le nom. La mémoire réécrit la reconnaissance en politesse ; une citation littérale résiste mieux.
En neuf mois cela donne quinze à vingt lignes. Tu n’en auras pas besoin de toutes : cinq ou six suffiront dans la conversation. Mais tu ne peux choisir ces six-là que s’il y a de quoi choisir.
Le test rapide
Demande-toi : si ton responsable avait demain oublié toute ton année, qu’en resterait-il par écrit ? Si la réponse est « le formulaire d’évaluation qu’il a rédigé », alors sa mémoire est actuellement ta base de négociation.
L’effort n’est pas un argument — la traduction
C’est la partie que la plupart ratent, et très logiquement. De l’intérieur, le travail se ressent comme un effort : combien de soirées, combien d’angoisse, combien de réécritures. D’où la phrase : « j’ai énormément travaillé cette année ».
Sauf qu’une entreprise n’achète pas de l’effort mais des résultats. Ce n’est pas du cynisme, c’est le cadre dans lequel la décision se prend : celui qui décide de ton salaire doit pouvoir justifier auprès de quelqu’un que le montant plus élevé est rentable. Donne-lui de l’effort, il n’en fera rien ; donne-lui un résultat, il aura quelque chose à transmettre.
La traduction est mécanique. « J’ai beaucoup travaillé sur les rapports » → « le rapport mensuel est prêt en un jour au lieu de quatre, parce que j’ai automatisé la collecte ». « J’ai beaucoup aidé les nouveaux » → « cette année j’ai formé trois nouveaux collègues, tous les trois autonomes en six semaines ». Le même travail, vu de l’autre côté.
Et observe la différence : la phrase d’effort révèle ta fatigue, la phrase de résultat révèle ce qui se passerait si tu n’étais pas là demain. C’est la seconde qui parle de ton salaire.
En bref
- La négociation ne se joue pas dans la conversation mais dans le relevé — des mois plus tôt.
- La mémoire de ton responsable est une reconstruction comme la tienne : ce qui n’est pas écrit n’existe pas.
- Quatre colonnes par mois : ce qui a été terminé, ce que cela a amélioré, ce qui était difficile, qui a dit quoi.
- L’effort n’est pas un argument — traduis-le en résultat, car c’est ce que le décideur doit transmettre.
- N’attends pas de sentir que tu le mérites : une demande fondée sur des preuves n’a pas besoin de ce sentiment.
Le moment, et ce que beaucoup comprennent de travers
L’erreur la plus fréquente n’est pas de demander au mauvais moment, mais d’attendre l’entretien annuel. Dans la plupart des entreprises, l’entretien est déjà l’annonce d’une enveloppe fermée : le budget salarial a été réparti des semaines ou des mois plus tôt.
La conversation utile a donc lieu AVANT la répartition, et elle ne porte même pas sur le salaire. Une phrase suffit : « j’aimerais savoir ce qu’il faudrait pour que je sois dans la fourchette haute au prochain tour ». Cette phrase ne demande rien, on ne peut donc pas la refuser — mais à partir de là ton responsable sait que tu viendras, et se met généralement à réunir des arguments de ton côté.
Le second moment est un résultat récent. Le bon instant n’est pas la date anniversaire, mais la semaine où tu viens de boucler quelque chose que tout le monde a vu. Ta preuve n’est alors pas sur une liste : elle est dans toutes les têtes.
La conversation — trois étapes
Le fond est prêt ; la forme est courte. Ne prépare pas de script, trois choses suffisent.
- Ouvre par la question, pas par la demande. « J’aimerais parler de ma rémunération — c’est bon maintenant, ou on fixe un créneau ? » Dans un échange convenu, ta préparation vaut bien plus que dans une minute attrapée dans un couloir.
- Annonce un chiffre, et annonce le tien en premier. Vers le haut de la fourchette, mais défendable. Qui répond « ce que tu jugeras juste » reçoit l’estimation basse de l’autre partie — et ne peut plus négocier que vers le haut.
- Puis tais-toi. Le silence est inconfortable, et c’est exactement pour cela qu’il marche : la pause est le plus souvent comblée par l’autre, souvent avec une information dont tu as besoin.
Et un détail qui pèse beaucoup : ne t’excuse pas avant de demander. « Désolé de venir avec ça » n’est pas de la politesse, c’est une demande que tu as déjà retirée d’avance.
Ce qu’il ne faut pas faire
Trois arguments viennent tout seuls, et les trois affaiblissent ta position.
- Ne te compare pas à un collègue. « X touche tant » fait du salaire de l’autre le sujet à la place du tien — et sert en général une information que tu n’étais pas censé avoir. Ton propre résultat est le sujet. Se comparer aux autres donne ici aussi un mauvais échantillon.
- Ne justifie pas par ta vie privée. Le crédit, les charges, les enfants sont réels — mais ce ne sont pas des arguments adressés à l’entreprise, et ils transforment la conversation en supplique. Le salaire est le prix de ton travail, pas de tes besoins.
- Ne menace pas avec une offre que tu ne prendrais pas. Si tu bluffes, on finira par te prendre au mot ; si tu as une vraie offre, tu peux la mentionner comme un fait, mais attends-toi alors à ce que la réponse soit ton départ.
Si la réponse est non — le deuxième meilleur résultat
Un non n’est pas la fin de la conversation, c’est le point où il reste le plus de valeur à en tirer — à condition de ne pas te lever vexé.
Pose une seule question : « Quelle est la chose concrète et mesurable qui doit être remplie pour que ce soit un oui — et quand y revient-on ? » Cette phrase transforme le refus en liste de conditions. Si tu obtiens une réponse, tu as une carte à six mois. Si tu n’en obtiens pas — c’est aussi une réponse, non pas sur ton salaire mais sur l’intérêt de rester.
Note la réponse le jour même, mot pour mot, et renvoie-la résumée dans un court e-mail. Non pour pouvoir la brandir, mais parce que dans six mois vous vous en souviendriez tous les deux autrement.
Où est la limite — quand il ne s’agit pas de toi
Il serait malhonnête de le taire : même la meilleure préparation ne déplace pas une enveloppe fermée. Il arrive que l’entreprise licencie, que le propriétaire ait gelé les salaires, ou que les fourchettes soient fixées au centre et que ton responsable n’ait aucune marge.
La preuve n’est alors pas perdue — elle n’est simplement pas à dépenser ici. Ces mêmes quinze lignes sont tout aussi fortes en entretien dans une autre entreprise, et y produisent en général un saut plus grand. La différence entre une hausse interne et un changement ne tient pas à l’effort, mais à l’endroit où il y a un budget.
Et si la réponse qui revient est toujours « ça ne rentre pas là » alors que tes responsabilités augmentent, ce n’est plus une question de négociation mais une décision — c’est le sujet de notre article sur le journal de décisions.
Où un système aide
La difficulté ici, c’est que la preuve ne peut s’enregistrer qu’à chaud, alors que son utilité n’apparaît que des mois plus tard. C’est la pire combinaison : il faut le faire quand rien ne t’y pousse, et cela manque quand il est trop tard pour rattraper.
C’est pourquoi, dans Mirrify, l’entrée quotidienne et la revue hebdomadaire sont au même endroit, et pourquoi neuf mois plus tard tu peux relire ce que tu as écrit avec tes propres mots. Et l’objectif salarial peut figurer à côté de tes autres objectifs, avec une date — c’est ce qui en fait un plan et non une intention.
Ce qu’il ne fait pas : il ne négocie pas à ta place et ne te dit pas ce que tu vaux sur le marché. Les dix minutes par mois, c’est toi — le système aide seulement à ce que dans neuf mois il y ait quelque chose à sortir.
La phrase à retenir
Si tu ne retiens qu’une chose de tout cela, que ce soit celle-ci : on ne t’augmente pas parce que tu le mérites, mais parce que le décideur a de quoi le justifier. Ton travail est de lui donner ce quelque chose.
Et si tu ne peux faire qu’une seule chose maintenant : note, parmi les trois derniers mois, ce qui a le plus rapporté à l’entreprise — et à côté, en une phrase, de combien cela a amélioré les choses. Dix minutes, et ta première ligne existe.
Questions fréquentes
Comment demander une augmentation ?
Rassemble d’abord les preuves, demande le rendez-vous ensuite. Dix minutes par mois, quatre colonnes : ce qui a été terminé, ce que cela a amélioré pour l’entreprise (avec un chiffre s’il existe), ce qui était difficile et quelle était ta part, et mot pour mot qui a dit quoi. Il te faudra cinq ou six lignes dans la conversation — mais tu ne peux les choisir que s’il y a de quoi.
Quel est le meilleur moment ?
Pas à l’entretien annuel : l’enveloppe salariale y est déjà répartie. La conversation utile a lieu avant la répartition, et tient en une phrase : « j’aimerais savoir ce qu’il faudrait pour que je sois dans la fourchette haute au prochain tour ». L’autre bon moment est la semaine qui suit un résultat récent que tout le monde a vu.
Que dire si on me demande combien je veux ?
Annonce un chiffre précis, et le tien en premier — vers le haut de la fourchette, mais défendable. Qui répond « ce que tu jugeras juste » reçoit l’estimation basse de l’autre partie et ne peut plus négocier que vers le haut. Ensuite tais-toi : la pause est souvent comblée par l’autre, souvent avec une information utile.
Est-ce suffisant de dire que j’ai beaucoup travaillé ?
Non, car l’entreprise n’achète pas de l’effort mais des résultats. Le décideur doit justifier auprès de quelqu’un que le montant plus élevé est rentable, et l’effort ne lui sert à rien. Traduis : au lieu de « j’ai beaucoup travaillé sur les rapports », dis « le rapport mensuel est prêt en un jour au lieu de quatre, parce que j’ai automatisé la collecte ».
Que faire si c’est non ?
Pose une question : quelle est la chose concrète et mesurable qui doit être remplie pour que ce soit un oui, et quand y revient-on ? Cela transforme le refus en liste de conditions. Note la réponse le jour même, mot pour mot, et renvoie-la résumée : dans six mois vous vous en souviendriez tous les deux autrement.
Puis-je citer le salaire d’un collègue ?
Mieux vaut pas. Cela fait du salaire de l’autre le sujet à la place du tien, et sert en général une information que tu n’étais officiellement pas censé avoir. Idem pour les motifs privés : le crédit et les charges sont réels, mais le salaire est le prix de ton travail, pas de tes besoins.
Et s’il n’y a tout simplement pas de budget ?
Cela arrive, et même la meilleure préparation ne déplace pas une enveloppe gelée. La preuve n’est pas perdue : ces mêmes quinze lignes sont tout aussi fortes en entretien ailleurs, et y produisent en général un saut plus grand. Si « ça ne rentre pas là » revient sans cesse alors que tes responsabilités augmentent, ce n’est plus une négociation mais une décision.
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